Valeur humaine

« L’entreprise performante est celle qui développe ses Ressources Humaines, son capital humain ! »

Cette affirmation que l’on retrouve dans de nombreux médias est censée justifier une gestion des RH « humaine ». Elle fonde cette justification sur les bénéfices économiques qui en découlent. Les entreprises avec les bonnes pratiques RH, seraient aussi les entreprises performantes.
L’objectif de cette affirmation non démontrée, est de convaincre les décideurs en raison de leur priorité économique, d’opter résolument pour le développement des hommes dans l’entreprise.
Ainsi, tous ceux qui font passer les RH à l’arrière plan, bien loin derrière la rentabilité, devraient comprendre qu’une bonne approche économique passe par le développement des RH.En fait, il n’en est rien. Cette sentence ne change pas les comportements des dirigeants. Au mieux, ils laissent dire et n’en pensent pas moins.

Cette justification économique à priori et non prouvée, présente deux travers.Le premier : cette affirmation assénée comme une vérité non discutable, clôt le débat. Ceux qui ne sont pas convaincus n’osent pas débattre, contre-argumenter de peur de passer pour « inhumains ». Ils sont disqualifiés. C’est le caractère non discutable de l’affirmation, avec en arrière fond une connotation morale, qui pose problème. Les opposants n’ont pas d’espace pour contester ce qui est présentée comme une évidence.
Or c’est le débat ouvert, rationnel qui permet la confrontation des idées, des visions, des analyses et à chacun de revoir ses positions. L’absence de débat signifie l’absence de mouvement et donc l’immobilisme des positions. Les dirigeants pris dans les contraintes de rentabilité de plus en plus court terme, ne sont pas pris en compte dans leur point de vue qui n’a pas droit de cité. Ils se taisent et ne changent rien.

Le second travers tient à la justification économique de la prise en compte de l’humain dans l’entreprise. Supposons que cette justification économique soit fausse, que la prise en compte de l’humain dans l’entreprise ne soit pas « rentable ».Ou tout bonnement, que cela « dépende » des entreprises, de leur activité, de leur contexte. Alors tomberait la nécessité de prendre en compte l’humain dans l’entreprise, de le considérer comme une ressource et non comme un coût.
N’étant pas justifié économiquement, la valorisation des ressources humaines, n’aurait donc aucun sens spécifique. Elle serait au même niveau que d’autres postes de coût ou au mieux, d’autres actifs.
Or, nous savons « naturellement » que l’homme n’est pas au même plan que la machine ou que l’outil de production.
Le fondement économique est donc bien fragile et précaire. D’où certainement, la tendance à l’ériger en vérité révélée pour clore le débat.

Quelle autre justification apporter pour prendre en compte la dimension humaine dans l’entreprise ?
Nous proposons de situer le débat sur le plan éthique.
La justification du respect de la personne et de sa prise en compte dans l’entreprise est la valeur intrinsèque de l’homme, la « Valeur humaine ».
Pourquoi respecter l’autre, à cause de l’économique ? Du culturel ? Du politique ?
Emmanuel Levinas répondrait certainement : parce que l’autre me fait face, parce qu’il me regarde et que je le regarde…

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